Vos agents IA savent parfaitement parler à leurs outils : un agent Claude interroge votre CRM, un agent Copilot lit vos e-mails, un agent maison consulte votre ERP. Mais que se passe-t-il quand l’agent commercial doit transmettre une commande à l’agent logistique, lui-même bâti sur une autre plateforme ? Rien, ou presque : chacun reste dans son silo, et c’est un humain qui fait le lien à la main. C’est le problème que résout le protocole A2A (Agent2Agent, littéralement « agent à agent »), qui permet à des agents IA venus de fournisseurs différents de se parler directement.
Qu’est-ce que le protocole A2A ?
A2A est un standard ouvert (licence Apache 2.0) lancé par Google en avril 2025, puis confié à la Linux Foundation en juin 2025 pour garantir une gouvernance neutre, indépendante de tout éditeur. Il comble un vide : le protocole MCP (Model Context Protocol), déjà connu de nos lecteurs via notre article sur l’agent harness, relie verticalement un agent à ses outils (bases de données, API, fichiers). A2A, lui, organise la relation horizontale : il permet à des agents autonomes de se découvrir, de vérifier leur identité respective et d’échanger des tâches, quel que soit leur éditeur ou leur framework d’origine.
Comment fonctionne A2A concrètement ?
Chaque agent publie une « carte d’agent » (agent card) qui décrit ses capacités : ce qu’il sait faire, comment le solliciter, quelles garanties de sécurité il respecte. Depuis la version 1.0 du protocole, ces cartes peuvent être signées cryptographiquement (Signed Agent Cards), ce qui évite qu’un agent malveillant usurpe l’identité d’un agent légitime. Un agent peut alors chercher un pair capable de traiter une tâche précise, lui envoyer la demande, suivre son exécution et recevoir le résultat, sans intervention humaine. La version 1.0 introduit aussi une prise en charge multi-tenant et un protocole de paiement agent-à-agent (AP2), pensé pour les scénarios où un agent doit régler une transaction pour le compte de son entreprise. Le tout est piloté par un comité technique réunissant AWS, Cisco, Google, IBM Research, Microsoft, Salesforce, SAP et ServiceNow.
Cas d’usage en entreprise
Un an après son lancement, plus de 150 organisations soutiennent désormais le standard A2A, avec des déploiements en production dans la chaîne logistique, la finance, l’assurance et les opérations IT. Concrètement : un agent d’approvisionnement détecte une rupture de stock, sollicite via A2A un agent transporteur pour vérifier les délais, puis un agent finance pour valider le budget — trois agents, trois éditeurs, une seule chaîne automatisée. Les trois grands clouds ont d’ailleurs intégré le protocole nativement : Microsoft dans Azure AI Foundry et Copilot Studio, AWS dans Bedrock AgentCore Runtime, Google dans sa propre pile agentique.
Bonnes pratiques et limites
Ouvrir ses agents à des interlocuteurs externes multiplie les points d’entrée dans votre système d’information : chaque agent qui accepte une tâche d’un pair externe est une porte qu’il faut surveiller. En pratique, A2A ne s’utilise pas isolément : il se combine avec une passerelle de gouvernance des agents IA qui centralise le routage, la journalisation et les budgets, et avec les cartes signées pour vérifier qui parle à qui. Autre limite à garder en tête : le standard reste jeune (sa version 1.0 date de cette année), les outils d’audit et de conformité sont encore en construction, et l’interopérabilité réelle entre implémentations mérite d’être testée avant tout déploiement critique.
A2A ne remplace pas MCP : les deux se complètent, l’un connectant l’agent à ses outils, l’autre connectant les agents entre eux. Pour un dirigeant, l’enjeu n’est pas de choisir un camp mais de préparer son architecture à cette double couche de connexion — avant que vos concurrents ne le fassent. Besoin d’y voir clair sur votre feuille de route agentique ? Parlons-en.